Art et assurance
A-t-on perdu à ce point le sens de la valeur des choses ? Je participais dernièrement à un vernissage où une centaine de personnes étaient présente dans un lieu un peu exigu. Un des invité avait sans doute un peu trop goûté au Coteau du Layon au demeurant fort bon et son voisin l'invitait à mesurer l'ampleur de ses gestes. Les sculptures exposées risquaient de faire les frais de la dégustation. C'est alors que ce charmant visiteur a rétorqué : "Ce n'est pas grave, j'ai une bonne assurance !"
Une oeuvre d'art originale confiée aux bons soins des assureurs et de la balayette ! Indignation ! Scandale ! Dehors ! L'art n'a donc plus qu'une valeur financière ? Le travail de l'artiste, ses heures de création, de réflexion ne sont-elles que monnaie sonnante et trébuchante ? Moi, ça me met en colère !
Comments
Il ne faut pas confondre la conservation de l'art, à savoir l'histoire de l'art, avec l'art contemporain. La valeur des oeuvres historiques est acquise non seulement pour une valeur du travail artistique, de la démarche, de l'avancée que ça a pu produire, de la singularité, etc. mais aussi pour une valeur historique, soit de conservation (les églises toutes moches toutes branlantes qui ont malgré tout tenu dix siècles), soit de témoignage culturel. Sans vouloir mélanger la chèvre et le chou, on peut dire que cette valeur historique alimente la valeur artistique.
Mais le type qui est à son vernissage, qui n'en est donc pas encore au stade de la reconnaissance sociale, mais plutôt de la mondanité, de la tentative de médiatisation de l'oeuvre, non, son travail n'a pas, intrinsèquement, plus de valeur que celui d'un coiffeur ou du taxi, à savoir simplement le temps qu'on y passe. Le fait que ça soit MIEUX rémunéré vient surtout du fait qu'il s'agit d'un produit de luxe, ce qui veut dire que c'est un choix arbitraire, culturel. L'art n'a pas de valeur en soi, c'est la postérité qui en donne. C'est d'ailleurs bien pour ça que certains purs visionnaires ou maîtres de l'émotion demeurent méconnus quand d'autres, incapables de leurs dix doigts, auront été récompensés : c'est avant tout parce que c'est humain. Pas divin, pas magique, pas mystique, humain. (c'est d'ailleurs en ça que c'est épatant)
Donc le mondain bourré qui se fiche de la valeur du travail de l'autre, bah ça se trouve, il ne faisait qu'exprimer ce qu'il pensait profondément dudit travail, autrement dit, ce sculpteur, ton ivrogne il en a ptêt pensé qu'il faisait de la merde. J'ai beau être friand d'art jusqu'au bout des ongles et respecter le travail des gens, si je me retrouve dans une soirée mondaine, vernissage d'un fumiste, je peux te garantir que l'idée d'esquinter quelques toiles ou quelques sculptures ne m'empêchera pas de dormir.
Enfin je sais pas ce que je trouverais le plus immature : se foutre royalement de l'art ou le mettre au dessus du reste.
Maintenant, je t'accorde que le type n'a certainement pas réfléchi quand il a dit ça et a certainement la vision de l'art que tu déplores. Je tenais simplement à relativiser (en précisant que moi bourré au vernissage de jean ducocq, qui vend à prix d'or (qques centaines de milliers de dollars aux USA il y a deux ans) d'insipides toiles inspirées de van gogh (et qui va d'ailleurs jusqu'à aller signer de la même écriture), foutre d'incompréhension de l'impératif d'à propos, de pertinence face à ce que vit l'époque... moi à ce vernissage, donc, j'aurais volontiers renversé mon monbazillac sur son "oeuvre d'art originale"... ;)